Le livre
La
Fille de la maison sans fin est un
roman sur l’identité et le hasard. Il dévoile les histoires qui
peuvent se cacher derrière la naissance de chacun d’entre nous et
que nous n’apprenons jamais. La
Fille de la maison sans fin est un
roman en trois parties.
Première partie du roman
La première partie de l’histoire est la plus poétique. Ina
(petite fille de 10 ans d’Ileana et de Stefan) ouvre le roman en
nous racontant une histoire étrange, cruelle et contorsionnée. Ses
parents sont restés des adolescents : Ileana, sa mère (à laquelle
elle est très attachée) est dépressive et se comporte de manière
très étrange, tandis que Stefan, son père, ne parvient pas à
trouver sa place et crée des scandales dès qu’il se met à
boire. La jeune Ina essaie d’ignorer les propos qu’ont sa
grand-mère et les autres sur ses parents. Elle essaie de comprendre
et voit un lien entre les reproches de sa grand-mère envers Ileana
et le comportement de Stefan quand il boit et qu’elle ne le
reconnaît plus. Le « je » qui nous narre cette histoire
est le « je » d’une fillette de 10 ans, les faits, les
événements et les sensations prennent ainsi une tournure
fantastique, une forme de conte onirique et cruel. Aussi cruelle que
soit la réalité des faits, il flotte dans cette famille, parmi ces
êtres de chair et de sang, parmi ces êtres aux âmes grises et
blanches à la fois, un air magique.
Ileana (la mère d’Ina) est le personnage principal de cette
première partie. Par la voix de sa petite fille, son portrait soigné
et détaillé offre les plus belles pages de ce roman. Avec pudeur et
justesse, les événements marquants de sa vie nous sont révélés :
la mort de son père atteint d’une pneumonie, la relation
tourmentée avec sa mère, Viorica. L’histoire familiale est
complexe et douloureuse, elle est une toile d’araignée, dans
laquelle le personnage principal, est lui aussi loin d’être lisse.
Ileana est un être abusé moralement, encore en proie à un passé
et à des fantômes dont elle ne peut s’échapper. Le malheur
d’Ileana et son pouvoir d’imagination conditionneront tout son
destin.
L’enfance d’Ileana est ébranlée pour la première fois quand
son père, Ion, le cordonnier, meurt d’une pleurésie pulmonaire.
La manière dont la fillette ressent et décrit la mort de cet homme,
celui qu’elle aime le plus sur terre, est d’une force vibrante et
saisissante, presque tactile, épidermique. La période heureuse de
sa vie est désormais derrière elle. Duduta, son amie d’enfance,
constituera son seul point d’ancrage, son seul soutien, son seul
lien avec la vie.
Cependant, le poids émotionnel est trop lourd pour la fillette. Lors
d’une sortie avec Duduta, elle va tenter de mettre fin à ses jours
dans la rivière où elle a pris l’habitude de se baigner, espérant
ainsi pouvoir retrouver son père mort.
Deuxième partie du roman
Ina (l’enfant de la première partie du roman) est aujourd’hui
étudiante, elle a 22 ans et porte sur sa vie passée le regard
inquiet de l’adulte qu’elle est devenue Elle a compris des
choses, elle a appris certains détails sur ses parents : deux
adolescents qui sont restés ensemble parce qu’elle est née et
qu’elle a conditionné d’une certaine manière leurs vies. Ils
ont raté leurs vies. Ils ont sacrifié les rêves qu’ils avaient à
17 ans. Stefan n’a jamais cessé de boire et à délaissé sa
famille, comme s’il avait accepté très tôt de signer son acte de
mort. Ileana, quant à elle, s’est résignée, mais est restée une
femme profondément immature d’un point de vue émotionnel. Le
rapport mère-fille est inversé ; Ina devient la mère
d’Ileana.
Les années ont passé sans qu’Ileana ait véritablement vécu des
moments de bonheur. Elle n’en a pas eu le temps, pas eu le droit,
tout est arrivé trop rapidement pour elle. Elle n’a jamais pu
choisir.
Ina verra dans l’histoire d’amour de sa mère avec un homme mûr
mais marié, un signe d’encouragement pour leur futur. Mais le
désespoir d’Ileana et sa très grande sensibilité deviennent au
final trop insupportables. Elle se suicide. Son geste n’est en fait
que le prolongement et l’achèvement de celui de la première
partie lorsqu’enfant elle avait essayé de se noyer. La boucle se
boucle.
Cette deuxième partie révèle d’autres strates dans l’histoire
familiale d’Ileana. Celle de sa mère, Viorica, et la façon dont
elle a découvert que son mari, Ion, la trompait. Un fait qui
changera à son tour le cours de son destin et sera à l’origine de
ce rapport complexe qu’elle entretient avec Ileana, une relation
troublée par des non-dits et des souffrances cachées ou refoulées.
Troisième partie du roman
Le style change avec la troisième et dernière partie du roman. Dans
les deux premières parties, les choses flottaient quelque part entre
rêve et réalité même si les situations et les personnages étaient
profondément sombres. Dans la troisième partie, toute la biographie
fantasmagorique d’Ileana se démembre, elle vole en éclats tel un
édifice projeté en l’air
Ileana est une adolescente enceinte et déboussolée. Son histoire
d’amour avec Stefan a commencé une nuit, lors d’une fête bien
arrosée. Stefan a la passion du jeu et une tendance à devenir
violent quand il se met à boire. Nous sommes dans les années 70,
dans la Roumanie communiste et oppressive. Tout est interdit :
les jeux de hasard, l’avortement...
Ileana part à la mer avec Stefan, à Costinesti, la station
balnéaire des jeunes et de la jeunesse, un coin de paradis pour
l’époque. Un soir, Stefan laisse Ileana en discothèque
(l’atmosphère de ces années particulières y est brillamment
décrite). Il part jouer au poker afin de se procurer un peu
d’argent. Dinu, le meilleur ami de Stefan, a décidé de rejoindre
le couple sur la côte. Il rencontre Ileana à la discothèque de la
station de Costinesti. Tous deux partent à la recherche de Stefan
car celui-ci n’est toujours pas rentré de sa partie de jeu
illégal. Ils le retrouvent finalement mais Stefan est ivre et
extrêmement violent. Une altercation entre les deux garçons a lieu.
Ileana est terrorisée, elle ne reconnaît plus le garçon duquel
elle croyait être tombée amoureuse. Elle restera cette nuit-là
avec Dinu. Plus par peur que par plaisir, elle couchera avec lui. De
retour de vacances, Ileana découvre qu’elle est enceinte. Durant
les trois premiers mois de sa grossesse, elle ne fait qu’imaginer
ce que serait la vie de son enfant si elle choisissait de le mettre
au monde. Ina n’est qu’une projection dans le temps, Ileana n’a
fait qu’imaginer comment aurait pu être sa vie si l’enfant était
né. Ina (le personnage qui nous raconte les deux premières
histoires) n’a jamais existé.
La troisième partie du livre est donc l’expression du
désenchantement. Duduta, l’amie d’enfance d’Ileana, trouve un
médecin qui effectuera sur Ileana un avortement illégal sur la
table de cuisine d’un appartement. Le livre se clôt avec cet
avortement, qui réordonne tout. Après avoir cru que le malheur
était héréditaire comme n’importe qu’elle autre maladie,
Ileana choisit d’essayer de fuir de cette maison-vagon, cette
maison sans fin.
La maison sans fin renvoie au concept architectural de la maison
roumaine : des pièces qui communiquent entre elles, deux portes
et pas la moindre intimité. On passe de l’une à l’autre. C’est
le type même des maisons construites dans les années 1960-1970 en
Roumanie, dans les quartiers les plus modestes des villes.
Dans le livre, la maison sans fin est le piège parfait. Un lieu
peuplé de fantômes un espace duquel le personnage principal veut
s’échapper, comme il veut s’échapper de son histoire familiale
triste et contorsionnée.
La combinaison de la noirceur et de la beauté, de la cruauté et de
la poésie constitue le son et l’âme de ce livre.
« La réussite de La
Fille de la maison sans fin est
liée à la très grande poésie des évocations, des souvenirs et
des fantasmes de tous les personnages, qui ne sont que les avatars
d’une seule et même voix éminemment féminine. Tout ce que l’on
peut espérer maintenant est que ce roman fort, étrange et tellement
original réussisse à imposer Ana Maria Sandu parmi les écrivains
qui comptent » (Mircea Cartarescu)
Chroniques parues dans la presse
Simona
Sora, dans Dilema
n° 150 (8 décembre, 2006)
« La Fille de la maison sans fin
devient grâce à une maîtrise stylistique parfaite une possibilité
biographique mais aussi ontologique, où tout est incertain et
relatif – des identités pluriformes aux situations hallucinatoires
ou authentiques jusqu’au dénouement final salvateur. Ce livre
mérite alors une seconde lecture, qui relativise tout, jusqu’à
l’éventualité même d’une lecture psychanalytique envisagée au
départ. Par cette relecture, la vérité biographique minimale est
remplacée dans un glissement ingénieux et organique, par la vérité
de la littérature. Ceci est la « solution » d’Ana
Maria Sandu : dépasser la poésie narrative du genre
biographique fataliste et minimaliste en vogue chez une majeure
partie des écrivains de sa génération. Avec ce roman surprenant et
dense, la poète est devenue une des plus originales et intéressantes
prosatrices de notre littérature d’aujourd’hui »
Paul Cernat dans Suplimentul
Bucurestiul cultural, n° 26
« J’ai découvert un livre
fantasmatique, obsessionnel et profond, proche des textes de Max
Blecher, une atmosphère trouble, d’une tristesse et d’une
cruauté sans violence ni larmoiement, camouflant avec discrétion un
fond sentimental profond. Un esthétisme qui ne provient pas d’un
maniérisme littéraire poussé à l’excès mais de la
transcription fidèle des émotions, des sensations, des obsessions
et des fantasmes. Une voix calme, grave au timbre presque
« classique », un mélange de naïveté jouée et de
maturité troublée. Une simplicité derrière laquelle les ombres
grises se débattent… »
Bogdan
Romaniuc, dansSuplimentul
de cultura,
1-16 Noiembrie, 2007:
« Ana
Maria Sandu utilise dans La
Fille de la maison sans fin,
à l’instar de Vladimir Nabokov dans Ada
et l’ardeur,
le procédé dit de la « boîte chinoise » ou de la
« poupée russe », et ce procédé fonctionne
admirablement : l’écrivain introduit avec délicatesse et
talent, le mystère et l’ambiguïté propres à ces histoires et à
leurs personnages »
Bianca
Burta-Cernat, 21 decembrie 2006, Observator
cultural
« Tel un halo, il flotte sur le roman
d’Ana Maria Sandu une poésie étrange, angoissante. Un roman aux
contours fluides, trompeurs, en harmonie avec la fluidité des
fantasmes qui oppriment le mental des personnages. La plongée
téméraire dans les souterrains interlopes de l’âme. La Fille de
la maison sans fin est une partition remarquable dans laquelle la
plume d’Ana Maria Sandu rencontre sa vocation indéniable pour
l’art littéraire »
Adina Dinitoiu, décembre 2006,Dilemateca
« La
Fille de la maison sans fin,
est sans aucun doute l’un des meilleurs romans de l’année »
L’auteur
Ana
Maria Sandu – née en 1974 – a une licence de lettres (Université
de Bucarest) et un Master de littérature roumaine contemporaine.
En 2003, elle publie Les
Souvenirs d’un Chelbasan (Ed.
Parelela 45), un poème épique remarqué par les jurys des prix
littéraires les plus renommés.
En
2006, Ana Maria Sandu publie le roman, La
Fille de la maison sans fin (Ed.
Polirom – Collection Ego.Proza) – une histoire cruelle sur
l’identité et le destin. Trois histoires alternatives, pour une
même histoire d’amour, dans la Roumanie des années 70.
La Fille de la maison sans fin
fait partie des romans ayant obtenu les meilleures critiques de
l’année. En 2007, Ana Maria Sandu a été le premier écrivain
roumain à participer à l’International First Novel Festival
Budapest (invitée par l’Institut culturel roumain de Budapest) aux
côtés de 12 autres écrivains européens.
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Elle
écrit également des essais et des critiques pour les revues :Vineri, Dilema, Cosmopolitan,
Atitudini, Noua Literatura, Glamour.
Elle est actuellement rédactrice en chef de Re:publik,
revue de films, de musique et de culture urbaine.