ORLANDO SABENA : Avec Luther dans la casserole – Partant du vers de V. Alecsandri, « Avec Nina dans ma gondole », Orlando Sabena construit un récit de grande ampleur, dans lequel apparaissent plusieurs centaines de personnages emportés dans une lutte acharnée pour un héritage. Ces gens remplis de haine tournent autour de la fortune convoitée, jouent des coudes, se lèchent les bottes, chicanent, se lient d’amitié, puis s’enguirlandent, s’irritent, se brouillent, se bousculent, se taquinent, se débectent, se griffent, s’arrachent les habits, s’envoient des coups de poing. Toute une ronde immense, devant laquelle l’enjeu de la querelle semble insignifiant. La ronde se déchire et s’achève en mêlée sanglante ; reste au centre, sur l’herbe, laminé dans son caleçon de flanelle, avec deux yeux au beurre noir et couvert de sang, monsieur Negatif, un jeune et talentueux biologiste précisément venu dans la localité pour étudier l’espèce de mouches Anthrax petullia, qu’on appelle aussi Aigrise. D’héritage, point.
Le romancier tente d’y donner suite, mais il renonce. Un auteur qui se permet de tout laisser tomber, sans même donner les dimensions des meubles, sans consigner les principales valeurs convertibles en or, sans offrir aucune relation concernant les hypothèques ou les locataires, etc., me semble manquer de sérieux. Ce livre a reçu un prix à Venise en 1934, mais cela prouve un désintérêt de la part du jury envers les valeurs matérielles nationales. Remarquons la couverture du livre, de caoutchouc fin, qui peut se laver doucement, avec un peu de savon et d’eau tiède, puis se rincer et s’essuyer avec un chiffon mou, deux ou trois fois. (Éditions Lombardi, Rome, 1940.)
NATALIA SINNA : La punaise de verre. Nouvelles. (Éditions Paramount 60, Chicago, 1962.)
MYRON CHEVALIER : La mission de madame Sachelarie dans la littérature américaine – Si au début du siècle la contribution de madame Marioara Sachelarie, née Mătăsăreanu, au développement de la littérature américaine était presque totalement inconnue, aujourd’hui, grâce aux nombreuses et valeureuses études apparues durant la dernière décennie, cette question est pleinement mise en lumière. On sait que, jusqu’en 1840, l’Amérique ne s’était pas posé le problème de se monter une littérature. Rien de ce à quoi l’on s’était essayé jusque-là en matière de roman, de théâtre et de poésie ne pouvait avoir un caractère pérenne, parce que les ouvrages publiés avaient été écrits par des particuliers, poussés par des intérêts mesquins, par des sentiments hasardeux. Il fallait inaugurer une littérature moderne, rapide, confortable, à freins hydrauliques et à directions signalisées. Qui s’y risquerait ? Partout béaient les hésitations. On hésitait tout seul, on hésitait en groupe. Alors quelqu’un se décida. C’était une femme. C’était une femme venue de la lointaine Roumanie, qui n’imaginait alors pas qu’elle fonderait la littérature américaine. C’était Marioara Sachelarie de Găieşti, fille du vénérable père Matei Sofronie Mătăsăreanu. Sans tenir compte des difficultés, mais en tenant contre elle une valise de rechanges et d’aliments, Marioara se hâta de traverser l’océan et se mit au travail. Le livre de Chevalier, qui s’inscrit parmi les plus documentés sur la question, relate des faits et des épisodes qui prouvent avec quelle puissance la présence de cette Roumaine féconda les lettres américaines, Marioara se laissant parfois elle aussi, comme tout esprit réceptif, féconder. La difficulté fut surmontée. Ce qui fut fait après sa mort ne fut, assurément, plus jamais aussi difficile. Bientôt apparurent des esprits choisis, de Wallace et Poe à Caldwell et Hemingway. Peut-être certains en firent-ils même plus. Mais une main avait déjà été mise à la pâte, et par qui s’il vous plaît ? Par une femme. « Notre génération lui est reconnaissante », déclara lors d’une récente émission le poste de radio Alaska. (Collection « Brandebourg », Texas, 1959.)
ALIN RICHTER-NORDAU : Récits à la mayonnaise – Parmi les beaucoup trop nombreuses narrations de ce grand conteur, seules furent choisies Feux et zeppelins et Électricité à soixante mètres, en tout cas pas les œuvres les plus résistantes du maestro. « Écrivain de pacotille, Richter-Nordau m’indispose – écrit Gym Pampass. Ne serait-ce pas lui qui contrecarra le mouvement d’émancipation des bedeaux, obligeant ces pauvres gens à s’adresser à leur syndicat ? » « Nordau est quand même génial, lisez ces textes ! » – exhorte H. Descamps dans Hist. lit. « Je n’envisage même pas d’y toucher ! – s’écrie depuis un article Pampass. Si un écrivain commet une folie, je l’extrais définitivement de mon cœur et l’ignore pour les siècles des siècles ! » « Que faire alors de Pétrarque, qui trompait fréquemment ses créditeurs ? » « Nous le laissons se débrouiller tout seul, la critique ne connaît pas d’obligations. »
« Après Dostoïevski, je ne sais pas d’auteur plus profond », écrit, dans le chapitre qui lui est consacré de L’Encyclopédie britannique, Giovanni Strepto. « Les Anglais n’ont jamais eu de critères », relance Gym Pampass, après lecture du chapitre, en traduction. (Éditions Progress, Oslo, 1828.)
RALPH JACOB TRASCOUNT : Le sous-marin de pâte – Roman en deux volumes. Outre ses nombreuses coquilles, ce livre abonde en platitudes du type : « Si vous vous réveilliez, contrairement à vos habitudes, un matin à trois heures, et si vous regardiez le ciel, avant de prendre le premier train pour le bout du monde, pour tout de même en descendre au deuxième arrêt, afin d’autoriser le soleil à poindre de quelque part, et si, en le regardant bien en face, vous jouiez au milieu du champ, parmi coquelicots et marguerites, le rôle du fou dans une quelconque pièce à fous, puis si vous vous dirigiez vers le nord-ouest, la précision en terme d’orientation étant votre qualité dominante, et si vous engagiez la conversation avec le premier paysan venu, certainement âgé de cent ans, puis avec une femme errante, décidée à vous aider à rater une grande carrière, et, enfin, si vous escaladiez des montagnes, qui s’avachiraient sur leur panse comme un chat énorme, et si vous passiez de l’autre côté, où vous pourriez vous heurter à la nuit que vous n’avez jamais vue, la nuit sans électricité, sans lit, avec marche arrière, sans étoiles peintes, la nuit dont je vous ai déjà parlé autrefois ?
« Si, plus tard, après être descendu dans les profondeurs des ténèbres et avoir croisé sur votre chemin des oiseaux et des poissons vivant tous ensemble dans une végétation de peluche humide, entre les voiles d’une musique à deux flûtes et cymbales, vous étiez attiré par un retour à la maison, et que, revenant au salon, vous vous asseyiez comme autrefois devant la télévision, ne mourriez-vous pas de rire et n’auriez-vous pas honte de votre immobilisation dans le cadre de l’écran, de la connection de votre système nerveux à la treizième chaîne, des trop nombreuses réclames que vous ingurgitez, que vous ingurgiteriez volontairement et qui constitue votre unique bagage de connaissances, sans cesse transmis aux autres aussi, jour et nuit ?
« Et si toutes les choses, tout ce qu’il y a aux alentours, riaient de vous et riaient aux éclats, dans un bon esprit de camaraderie, plaisamment, jusqu’à ce que le verre posé sur la table consente à se briser et à voler en tessons sur le tapis, tandis que les autres, dans la maison, effrayés, ne comprendraient rien de ce qui s’est passé, et se réfugieraient en hâte dans un roman policier, cependant que vous savez bien vous qu’il s’est précisément passé ce qui devait se passer ? » (Editions Teo Reder, Vienne, 1958.)
MARIUS HOLST : De Roderigo on ne peut retenir que l’eau – On nous propose une expérience : sachant que beaucoup de gens dans le monde s’imaginent avoir un talent qu’en réalité ils n’ont pas, on prend un exemple nommé Roderigo, ténor, que l’on exhorte à chanter. Il chante une semaine, chante un an. On constate une baisse de la lourdeur corporelle, et une déshydratation du corps, auparavant vigoureux, dont ne restent que des pelures facilement dispersées par le vent. L’explication en est la suivante : l’individu n’existait pas, la simple concentration d’eau n’avait pas pu composer une personne, malgré toutes les prétentions exprimées, et en dépit de quelques contrats signés et paraphés. Règle : tout Roderigo dont on entretient la quantité constante d’eau dans l’organisme peut produire des chants, sans que ceux-ci n’intéressent quiconque ni que lui-même ne baisse en volume. (Éditions Ra, Le Caire, 1952.)
MATEO SENTEMBRINI : Catalogue de rêves contemporains – Vous rendez-vous compte, si d’une dizaine de rêves noctures ne serait-ce qu’un seul obtenait par miracle consistance, comme ce serait intéressant ? Nous aurions un univers de plus dans le monde, sinon un et demi. Nous saisirions dans l’objectif de notre appareil photographique deux Greta Garbo, deux cinquièmes symphonies joueraient dans nos oreilles, à l’école on travaillerait dans des classes parallèles B, C, D, etc. Nous enregistrerions sur bandes magnétiques des hurlements insupportables. (Devise et argument du livre.) « Le plus faible des livres de cet insurpassable artiste du mot que fut M. Sentembrini. Seul intérêt, peut-être, l’idée dont il part. Le traitement est tristement pauvre. Le style, corrompu », écrit Jean Félix Galor dans Les livres[1], déc. 1960. (Flammarion, Paris, 1959.)
NICOLAUS REMBRANDT : La guerre des philosophes – En l’an 1928, vers l’automne, dans la zone nord-orientale de la Méditerranée, une guerre véhémente éclata entre les philosophes locaux. Motif : Platon avait contredit Démocrite quant au problème de la commensurabilité de l’espace, et l’avait fait avec un certain air de supériorité, attitude que son adversaire avait interprétée comme arrogante. Des médiateurs pythagoriciens étaient intervenus, manquant toutefois d’assurance dans leur action. Les trois premiers chapitres du livre, vaguement ennuyeux, exposent les causes du conflit – la lutte entre les topographes traditionnalistes et les topomètres empiriques, parvenue à une tension maximale. Cinq autres chapitres contiennent des informations concernant les préparatifs de chaque camp. Les éléates, par exemple, sont surpris en train d’apprendre par cœur le poème à clefs et de prendre des notes dans des cahiers de brouillon en papier vélin. Le dernier chapitre, le plus abouti – la lutte proprement dite des armées philosophiques –, est le chef d’œuvre de Rembrandt. Après avoir montré comment les querelles se sont étendues tout le long de la côte de l’Adriatique moyenne jusqu’à pénétrer, par les colons, en Scythie et en Allemagne méridionale, il nous dépeint les luttes avec l’habileté d’un Xénophon. Les combattants ouvrent le feu. Au lieu d’obus, ils s’envoient des préceptes et des jugements de calibre moyen, des sentences de 101 mm, à explosion retardée, Périandre, Phérécyde et Théopompe réglant admirablement le tir. Les avions larguent des vérités rondes, bien polies. Au large de la Mer Adriatique, un porte-avion est coulé à l’aide de mines confectionnées en parchemin de traités médiévaux. Les mitraillettes tirent des monades, les canons anti-aériens font claquer des fragments de discours de sophistes. La grande bataille de Samosate est décrite par Rembrandt avec une savante science des effets : « Au cri de Platon lancé depuis un rempart : ‘Le monde est une illusion’, les lignes ennemies rompent en plein déploiement et se raréfient, partout tombent les morts et les blessés, laissant place aux affirmations morales les plus convaincantes. » Mais l’ennemi contre-attaque avec des blindés. La « Politique », en chenilles, la « Rhétorique » à huit bouches à feu, la « Météorologie », la « Métaphysique » sèment la terreur parmi les soldats campés sur des positions rigides. Les Néoplatoniciens achètent à un Allemand une arme secrète, la « Dialectique », qu’ils font fonctionner. L’ennemi proteste, invoque le traité de Genève et menace de représailles : il utilisera aussi les gaz asphyxiants et le behaviorisme. La conflagration emporte John Locke, les encyclopédistes, Spinoza, Auguste Compte et Alexandre Papanine, auteur d’un système philosophique radicalement original. Admirables scènes, homériques. Les armes semblent ne plus jamais se taire. Mais l’armistice d’une heure que propose J.-P. Sartre sert, par le compromis inespéré qu’il offre, de base pour la conclusion de conventions qui, ultérieurement, assureront la paix. Les armées se retirent dans leur base, les philosophes dans leurs rayons. Il n’y aura plus de guerre tant que les bibliothèques garderont les livres en bon ordre, sous clef. (Éditions du Cercle, Paris, 1930.)
AURELIO MERCANTILE : Les Belles – En plus de trois cents pages, l’auteur démontre que les belles ne sont pas celles qui ornent les salles de spectacle, ni celles qui glissent en un mouvement ondoyant sur les grands boulevards, troublant la tranquillité de l’après-midi des passants, ni celles qui travaillent en laboratoire, dans des bureaux, dans des usines pharmaceutiques, blanches, plantureuses, au regard étincelant, foulant le plancher de leurs pas de félins. Les belles ne sont ni au volant, ni dans le train, ni dans les courses hippiques. Les belles sont autres, ailleurs, autre chose, autrement. On émet une hypothèse qui déterminerait le lieu, la forme, les dimensions, les occupations, les préférences et les possibilités intellectuelles et physiques des belles. (Éditions Gardian, Genève, 1934.)
GABRIELE HANSA : La défaite des Français à Popice (1826) – La bataille de Popice (1826) fut l’une des plus sanglantes batailles de toute l’histoire de France. Les recherches des historiens, établissant le nombre précis de morts et de blessés, n’ont pour l’instant pas révélé avec qui les Français se sont battus cette fois-là, ni pour quelle raison, ni comment les hostilités se sont terminées. Naturellement, une paix dut bien être instaurée après cette guerre, au moins pour quelques années, jusqu’à la bataille d’Hernani (1830).
HANS FREGATA : Détermination du degré d’abstractionnisme des nourrissons – Les résultats d’une enquête du laboratoire d’abstractionnisme de l’Université de Hambourg. Inconvénient du procédé proposé dans le traité : les sujets interrogés ne survivent pas. (Orienta, Hambourg-Leipzig, 1956.)
WOLFGANG APUD : La suprême infidélité. Roman – Un homme très posé, Robert Y., s’absente assez souvent de chez lui, depuis quelque temps. On sait qu’il est tombé amoureux d’une belle actrice. Ses collègues lui font des remontrances. N’arrivant pas à se comprendre lui-même tandis qu’il constate qu’il aime à égale mesure son épouse et son amante, il faiblit, et tombe malade. Diagnostic : schizophrénie. Tout continue à se dérouler sans drame. En famille la flamme de l’amour brûle bleu, aux côtés de son amante – la flamme est vive, rouge. Depuis quelque temps, sa femme, préoccupée par la sculpture, néglige son ménage. Robert trouve de plus en plus fréquemment de la poussière sur les meubles. Il fait une allergie, qui le démoralise et aggrave sa maladie antérieure. Un matin il s’enfuit de chez lui. Sa femme est convaincue qu’il a fui chez son amante, elle s’y rend et fait une scène terrible. Robert envoie pourtant une lettre depuis une petite ville lointaine, où il a été embauché comme chauffeur. Il est décidé à ne pas rentrer avant d’avoir parcouru les routes du pays d’un bout à l’autre ni avant de s’être habitué à la poussière. (Éditions Félix Mendelssohn-Bartholdy, Hambourg, 1954.)
DOMITIO HEIMEYER : Textiles et incertitudes – « Excellent roman, sentimental et patriotique, avec des pages dans le goût du siècle passé, et des types bien réalisés » (Galba Marcetti dans Le courrier[2]). (Éditions Flammarion, Paris, 1936.)
RODERIGO SOLWEIG : Solitude – Sur deux demoiselles perdues sur une île. Leur dramatique recherche réciproque. Lorsque enfin elles se trouvent, l’une en perd son souffle et doit être transportée à l’hôpital. Un médecin tombe amoureux d’elle et la demande en mariage. L’amie, jalouse d’un tel destin, part en Inde. Péripéties dans la jungle – très palpitantes. L’épisode de la mort du cobra, colossal. Le médecin est envoyé en expédition, en Inde également. Recherches, incertitudes. La demoiselle, qui l’aime, ne lui pardonne pas, parce qu’il existe une haine foncière, préméditée, contre l’homme heureux. Elle l’épie et l’humilie. Apparaît un cardinal. Il apporte au médecin la nouvelle de la mort de sa femme dans un accident. Tous deux prennent l’avion pour l’Europe. Le médecin fait bientôt une congestion cérébrale dont il sort paralysé. Dévouement et désespoir. La demoiselle se consacre aux soins du pauvre malade. Elle fonde un monastère. Gère un hôpital. Construit un appareil pour évincer les séquelles de la paralysie. Crée une bibliothèque. Donne des concerts (elle chante de manière admirable), rassemble des fonds, ouvre une carrière de marbre en Suède. Voyages d’affaires. Elle entretient la moitié des effectifs des forces armées coloniales de la ville d’Alger et offre gratuitement des films éducatifs aux élèves des internats. Loin de sa solitude d’autrefois, elle se voit maintenant entourée de milliers d’amis. En conclusion, un éloge de l’activité humaine et de la médecine. (Éditions Côte d’Ivoire, Le Caire, 1938.)
SIMION GABRIEL : Par-delà le front. Vers – Une poétique plutôt intéressante, pourtant dépourvue de force et maigrichonne en ce qui concerne les idées. « Notre âcre tourment sourd et long / Tu l’amasses dans un unique violon » sont des vers artificiels. Il ne convient d’ailleurs pas de construire une image à partir de sensations gustatives et sonores. « Il est triste le diacre Iachint / Et c’est justice s’il se plaint / Voleur et brigand envers Dieu, / Parmi ses frères il fit peu », d’un autre poème, ce n’est ni plus ni moins que de la prose. (Je n’ai pas pu recenser tout le volume, les pages du livre étant détachées. Par exemple, on trouve p. 18 ce qui suit : L’otite moyenne se propage assez souvent aux cellules mastoïdiennes, mastoïdite, celle-ci est caractérisée et surtout provoquée par la pression locale, par la rougeur derrière l’oreille et quelquefois par de l’œdème[3]. Puisqu’il est écrit en français, je crois que ce fragment n’appartient pas au volume. (Éditions Salpetro, Genève, 1960.)
SALVADOR MARCA : Peintre des cavernes – Sur les fourberies d’un peintre explorateur qui joue des tours aux chercheurs en dessinant la nuit des scènes de chasse sur des murs de grottes, dessins que les spécialistes découvrent au matin avec enthousiasme. Satisfaction suprême du peintre, qui se voit exposé au British Museum, dans la troisième salle, celle des « rupestres ». (Éditions Solex, Graz, 1919.)
MAIOR GRIGORE TAŞCĂ : Principes moraux pour la fondation d’une fanfare du 95ème Régiment d’infanterie – Olt – Étude exhaustive. (Éditions des Volontaires de la Patrie, Piteşti, 1938.)
ION GABRIELESCU : La propagation des enfants caudés en zone subcarpatique. Étude. – Ouvrage distingué du prix « Grigore Antipa » de l’Académie Roumaine. (Bucarest, 1910. Brochure dactylographiée.)
SANDRO BASTARDI : La constipation viagère et son entretien. Étude critique, avec une préface de N. Iorga – Sandro Bastardi a travaillé dans un laboratoire de biologie de Bucarest. Il est aisément passé des études de biologie à la littérature, provoquant dans l’intelligentsia technique et scientifique roumaine un passage en masse aux lettres, appauvrissant ainsi en spécialistes l’industrie et les laboratoires. Il s’occupa tout particulièrement de l’activité déployée par les poètes Nicu Şopârlă, Vasile Panaitescu, Nistor Motâlcă, et par les romanciers Grigore Grădişteanu, Petre Vasilescu-Rădăuţi et Jean Bunescu, les éditant, prenant soin de leurs éditions, et publiant des articles sur leur activité littéraire. Appliquant à la littérature ses découvertes scientifiques, il a établi que, d’entre tous les efforts biologiques, la retenue prolongée des élans exclusifs du gros intestin est le plus fructueux. Le sang, chassé des vaisseaux des parois par la pression, et chargé de gaz, c’est-à-dire des plus subtiles métamorphoses de la matière, monte à la tête en y produisant des associations inattendues, des congestions fécondes, composant à chaque fois quelque chef d’œuvre imprévu. L’auteur va plus loin. Il indique dans son étude, incluse dans le volume, « Idées préromantiques chez nos écrivains samanatoristes », quelques aliments qui produisent une constipation prolongée : le pain en grande quantité, les pommes de terre, les conserves de viande, les fèves et les galettes, qu’il recommande particulièrement aux prosateurs, en vue de l’obtention, dans les années à venir, du grand roman du siècle. Dans un autre chapitre, intitulé « L’anémie et les troubles vasculaires chez les critiques littéraires », Bastardi s’élève avec véhémence contre l’utilisation déraisonnée des laxatifs et des fruits frais, en lesquels il voit des agents nuisibles au développement futur de notre littérature. (Éditions Socec, Bucarest 1932.)
HANIBAL LAMBETWALK : La fête à la glycérine – Très réussie, convaincante et spirituelle, cette histoire montre que rien de ce qui a de la valeur dans le monde ne reste méconnu, et que l’humanité évolue même durant les périodes dites de régression. L’Espagne fournit l’exemple. (Éditions Orbis, Cracovie, 1953.)
LOLA CENTOMILLA : La condition rongeuse. Roman (Éditions Palmier, Lyon, 1958.)
ALVARO GALION : Qui a battu le temps ? – La question devient à chaque page plus insistante, plus troublante, bien qu’on ne sache pas encore si le temps a été frappé, comme le prétend un personnage, ou bien s’il a simplement été battu à plate couture par deux aiguilles lâches, comme l’affirme le détective. Criant de vérité, au moment où la situation est le plus embrouillée : un coucou apparaît. Il devient alors limpide que le temps pendulait et que son battement avait de graves conséquences. Un livre qui démontre que le lecteur peut, à sa grande honte, se passionner pour des aventures dépourvues de hautes valeurs. « Ne pas voir dans cet écrit une attaque contre Hollywood, contre son cinéma et contre ses blagues, c’est être aveugle. » (Éditions Pax vobiscum, Naples, 1939.)
SALVATOR VEGA : La vie et l’activité de Fox Therrier – L’insistance avec laquelle le fameux Salvator Vega revient dans son livre sur la manière dont Fox Therrier rangeait ses habits dans le vestiaire, les détails concernant la disposition du portemanteau dans la pièce, la qualité des pinces à linge, les descriptions du paysage délicat visible par la fenêtre du vestiaire – tout cela jette une lumière nouvelle, intéressante, sur un chapitre de l’histoire littéraire trop peu connu jusqu’à maintenant. (Éditions Salamandre, Zagreb, 1902.)
ANDREA GALLUPPI : De l’utilité de l’observation concrète suivi de La franchise de la chute sur la glace – « Si avant de te coucher tu n’as pas quelques instants pour devenir le plus grand historien du monde, tu peux t’estimer perdu » (Ath. M. Goethe). (Éditions des Frères Rogers, Ithaque, 1929.)
ANTONIO GOVERNALY : Noocratie – Dans l’île Gamma des Antilles, depuis cinq cents ans, un véritable système gouvernemental noocratique fonctionne à plein. Les érudits prirent le pouvoir en l’an 1428 et développèrent un mécanisme parlementaire du type le plus avancé. Il faut mentionner que le premier acte de ce gouvernement fut la « Loi des parenthèses » (1429), par laquelle on interdit les activités nocturnes. « Toute activité cachée, proclame le premier article, est due à un manque de lumière solaire et en tant que telle est anti-humaine. » Les jours suivants, pour démonstration, on massacra les troubadours, les poètes, les lampistes, les boulangers, les courtisanes, les marins qui n’avaient pas jeté l’ancre à temps, les grammairiens (auquel le jour n’a jamais suffi), les bienveillants, les curieux, et, de manière générale, tous ceux qui essayaient de se faire remarquer dans la nuit par une quelconque activité ou par un réverbère.
On signala aussi des confusions : Mario Sogra fut tué parce qu’il traversait un boulevard, au milieu de la nuit, tout en battant sa femme. Il était innocent, puisqu’il avait prouvé sa cécité. On trancha la tête de Francesco Tinoya bien qu’il eût signalé aux autorités qu’un voisin à lui faisait chaque jour péter une salve de plombs. On lui démontra, après l’avoir toutefois livré à la machine à décortiquer, qu’il est important que chacun pète autant de plombs ou de cables qu’il le désire.
Une autre loi interdit le salut, considérant que c’était une chose prise et aussitôt rendue, ce qui était vrai. Le gâchis était évident : une société civilisée ne peut pas se permettre un tel luxe…
Enfin, une autre loi indiqua pour seule modalité de sortie à l’air libre la ronde serrée de jeunes hommes et de jeunes filles. Supprimée en 1821, faute de musiciens, la ronde fut réintroduite en 1926, quand apparurent la radio et le télégraphe à amplificateurs. Depuis lors, les promenades, les rencontres, les conversations prennent la forme d’un cercle, avec de multiples participants, de droite à gauche, tous devant principalement garder soin d’opposer une épaule hostile à la force avec laquelle les amoureux essayent de se rejoindre, d’être l’un à côté de l’autre. (Les amis, mus par le même espoir, se résignent plus facilement.)
La société des noocrates des Antilles, manquant d’enfants, lesquels renoncent à venir au monde, dépense des sommes exagérées pour importer ce produit. Le tabac est relativement peu cher. (Éditions Soriente, Santiago, 1959.)
PHORMIC PHORMIDABLE : Collection d’insultes à l’usage des chefs de service (Éditions Azur, Francfort-sur-le-Main, 1933).
SANDU NEAJLOV : Le transatlantique Tănăsescu – « Tu peux faire un trou dans le ciel, mais pas dans le transatlantique Tănăsescu » (Gabriel Popovici-Bolintin).
MARIANA GIRARDI : L’art de Spiridon van der Welde – Cette prétentieuse biographie est accompagnée de trente reproductions d’après les admirables toiles du grand peintre roumain. Il manque, hélas, le célèbre tableau Fête à Răcari – du Musée de Găeşti – d’un réalisme émouvant, dans lequel on voit au premier plan deux machines à coudre. Pour donner l’illusion de vie, le peintre a découpé la toile, laissant glisser dans la fente une bande de soie, qu’un employé caché derrière le tableau agite de bas en haut, si bien que notre œil distingue le détail des coutures et le mouvement des couturières. La technique utilisée pour la reproduction n’a pas égalé la performance. (Éditions Pro Arte, Liège, 1958.)
PETRE P. POPESCU : L’érection du couvent de jeunes vierges – Dépourvues d’une conduite (mot effacé), les jeunes vierges d’un couvent deviennent l’instrument d’un pouvoir inconnu qui les ex… (le reste du mot manque), et qui les attire dans… (une ligne manque) celles-ci s’avérant une fois de plus superbes. Le problème se pose de leur admission dans le trust Morgan, chose qui ne convenait pas à certains hauts fonctionnaires patriotes, au premier rang desquels (deux noms manquent), Alex. Lambrior, Vasile Conta, Stratulat (le reste de la liste manque). On conclut… (voir la « Loi pour l’amélioration de l’indemnisation de certaines catégories de retraités »). (Éditée chez « Universul », Bucarest, 1936.)












